Date de publication19 Feb 2026 - 10:17
Code d'article : 710233

L’Iran après 47 ans : De la survie à la consolidation du pouvoir

Taghrib(APT)
Taghrib(APT)– Quarante-sept ans après, l’Iran se présente non pas comme un État menacé, mais comme un système renforcé par la crise. Le message est clair : la pression extérieure a renforcé la cohésion intérieure.
L’Iran après 47 ans : De la survie à la consolidation du pouvoir
Lors d’une rencontre avec la population d’Azerbaïdjan oriental mardi, le Guide suprême de la Révolution islamique a évoqué la reconnaissance par le président des États-Unis de l’échec de Washington, en 47 ans, à éliminer la République islamique. Il a qualifié cette déclaration d’« aveu positif », tout en soulignant que le président actuel serait tout aussi incapable d’atteindre un tel objectif. Cette position repose sur la confiance en une réalité objective : le lien organique qui unit le peuple iranien à l’établissement de la République islamique.

Il est essentiel de comprendre ce point : dans la pensée du Guide suprême, la « République islamique » n’est pas une simple construction juridique ni un gouvernement détaché de la société. La République islamique est la manifestation organisée de la volonté historique de la nation iranienne. Une nation qui, en 1979, par sa révolution, a rompu avec l'ordre de dépendance antérieur et opté pour un modèle de gouvernance fondé sur l'indépendance politique, l'identité religieuse et la participation populaire. Dans cette perspective, le peuple et le gouvernement ne sont pas des concepts distincts, mais une seule et même réalité à deux niveaux : social et gouvernemental.

Cette conception du pouvoir diffère fondamentalement de l'interprétation dominante dans de nombreuses analyses occidentales. Selon cette conception, la puissance nationale se mesure principalement à l'aune d'indicateurs concrets tels que la capacité militaire, le produit intérieur brut ou les réseaux d'alliances. Or, dans le discours de la Révolution islamique, le pouvoir social – c'est-à-dire le capital humain, la cohésion identitaire, la confiance du public et la disposition à la résistance – est considéré comme le fondement du pouvoir national. L'expérience de la République islamique a démontré que chaque fois que ce pouvoir social s'est manifesté, les instruments coercitifs ont également été plus efficaces et la dissuasion plus crédible.

L'examen des premières années qui ont suivi la Révolution islamique permet de mieux appréhender cette réalité. À ses débuts, la République islamique ne disposait ni d'une armée cohérente et reconstruite, ni d'une infrastructure économique solide, ni d'un réseau d'alliés internationaux. Durant ses premières années, elle a dû faire face à une série de crises : tentatives de coup d'État, mouvements séparatistes dans certaines régions frontalières, vague d'assassinats urbains et, finalement, une guerre ouverte bénéficiant d'un large soutien des puissances mondiales au camp adverse. Nombre d'analystes étrangers prédisaient alors une courte durée de vie à ce système naissant.

Cependant, ce qui a changé la donne, c'est le recours de la structure politique à la mobilisation sociale. Pendant la guerre imposée, des milliers de volontaires populaires se sont tenus aux côtés des forces officielles et ont défendu l'intégrité territoriale du pays. Face aux vagues d'assassinats, la société ne s'est pas effondrée, mais s'est au contraire renforcée. Confrontée à de lourdes sanctions économiques, de nouvelles formes d'autonomie et de développement local ont émergé. Il ne s'agit pas de simples récits officiels ; ce sont des réalités reconnues même par de nombreux observateurs indépendants.

La déclaration du président des États-Unis concernant l'échec de l'Amérique après 47 ans peut être comprise dans ce contexte. Au cours des dernières décennies, presque toutes les administrations à Washington, aux orientations politiques diverses, ont expérimenté différentes stratégies pour contenir ou modifier le comportement de la République islamique : de la pression économique maximale aux menaces militaires, des opérations de renseignement aux tentatives d’isolement diplomatique. Certaines ont présenté ces politiques sous des formes plus diplomatiques et conciliantes ; d’autres ont adopté un discours plus direct ; et d’autres encore ont pris des mesures concrètes.

Néanmoins, le résultat final est resté le même : la République islamique a non seulement maintenu, mais aussi renforcé sa puissance régionale et ses capacités stratégiques dans certains domaines. Les vestiges de certaines de ces confrontations font aujourd’hui partie de la mémoire collective iranienne, qu’il s’agisse d’opérations militaires avortées ou de bâtiments ayant abrité des activités d’espionnage américaines et qui symbolisent désormais un affrontement historique. Cette mémoire collective joue un rôle important dans la formation de la mentalité de la société iranienne et influence l’interprétation des nouvelles menaces à la lumière du passé.

L'important est que cette confrontation ne se limite pas à un simple différend politique entre deux gouvernements ; elle reflète, à un niveau plus profond, un affrontement entre deux conceptions de l'ordre international. Dès sa création, la République islamique s'est définie comme une critique d'un ordre mondial fondé sur la domination unilatérale des grandes puissances et a mis l'accent sur les principes d'indépendance, de non-dépendance et de droit des nations à l'autodétermination. Qu'elle soit universellement acceptée ou non, cette position est devenue partie intégrante de l'identité politique du système iranien.

Ces dernières années, la région du Moyen-Orient a également connu des évolutions significatives. Les projets coûteux visant à redéfinir la géopolitique régionale se sont heurtés à de sérieuses difficultés. Les acteurs régionaux se sont diversifiés et les équilibres se sont complexifiés. Dans ce contexte, l'Iran a su tisser un réseau de relations politiques et sécuritaires qui, de l'avis de nombreux analystes, joue un rôle dissuasif important dans les dynamiques régionales. Ces évolutions montrent que les pressions extérieures n'affaiblissent pas nécessairement un acteur ; elles peuvent parfois renforcer sa cohésion interne et son esprit d'initiative.

L’année iranienne 1404, malgré ses difficultés et ses tensions, a constitué une nouvelle épreuve pour ce modèle. Divers événements nationaux et régionaux ont remis au premier plan la question de la cohésion nationale et du soutien social à la structure politique. La large participation du public aux manifestations nationales et politiques, notamment les rassemblements du 22 Bahman, est perçue par le Guide suprême comme un signe de la continuité du lien historique entre le peuple et le système. Dans cette perspective, la légitimité et le pouvoir de la République islamique ne découlent pas uniquement des institutions formelles, mais aussi de la répétition de cette participation aux moments critiques.

Le message principal des récentes déclarations du Guide suprême peut se résumer ainsi : une stratégie fondée sur les menaces et les pressions visant à faire s’effondrer la République islamique a échoué par le passé et échouera à l’avenir. Cette affirmation repose sur un constat historique. L’expérience des quatre dernières décennies a montré que chaque fois que la pression extérieure s’est accrue, des pans importants de la société iranienne l’ont perçue non seulement comme une pression exercée sur le gouvernement, mais aussi comme une atteinte à leur identité nationale et à leur indépendance. Cette perception a renforcé la solidarité interne.

Pour la communauté internationale, cette réalité est porteuse d'un message clair : si l'objectif est de modifier les comportements ou de réduire les tensions, les outils fondés sur des menaces persistantes et des tentatives de déstabilisation risquent fort de produire l'effet inverse. À l'inverse, une approche basée sur le respect mutuel, la compréhension des sensibilités historiques et la prise en compte des réalités géopolitiques pourrait ouvrir la voie à un dialogue plus constructif.

Aujourd'hui, contrairement à ses débuts, la République islamique d'Iran dispose de capacités accrues dans les domaines de la défense, de la science et de l'action régionale. Pourtant, dans son discours officiel, elle continue de considérer « le peuple » comme son principal atout. Aux yeux du Guide suprême, c'est précisément ce capital social qui donne sens à la puissance militaire et rend la dissuasion réelle. Ainsi, lorsqu'il s'adresse au président des États-Unis et déclare : « Vous n'y parviendrez pas non plus », il résume une expérience historique qui s'est répétée à maintes reprises depuis 1979.

En définitive, la portée de ce message dépend de la compréhension du lien qui unit la société et la gouvernance en Iran. Tant que ce lien perdure et que les menaces extérieures sont perçues comme des attaques contre la nation tout entière, une stratégie d’effondrement orchestrée de l’extérieur ressemblera davantage à un vœu pieux qu’à un plan concret. C’est l’équation soulignée par le Guide suprême : la véritable puissance de l’Iran réside dans la volonté collective et l’identité d’un peuple qui se considère comme le maître de ce système.
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