Date de publication18 Mar 2019 - 13:21
Code d'article : 409704

Monde arabe : normalisation avec Israël est l'injustice pour les Palestinien

Taghrib (APT)
Le journal Al-Quds al-Arabi, qui paraît à Londres, a publié un article de Shafiq Nazem al-Ghubra, professeur de sciences politiques à l’Université du Koweït, portant sur les différents aspects du projet de normalisation des relations des États arabes avec le régime israélien.
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L’auteur rappelle que le régime israélien s’est imposé par le biais de guerres et de victoires militaires successives depuis la guerre de 1948, et qu’il a profité de la décision des États-Unis qui se sont engagés à rendre Israël militairement supérieur aux armées des États arabes.

Shafiq Nazem al-Ghubra écrit : « Israël est le seul détenteur d’armes nucléaires au Moyen-Orient, mais ce qui est plus important, c’est que les victoires militaires d’Israël n’offrent à ce régime ni reconnaissance ni légitimité, pas plus qu’elles ne règlent les problèmes de l’eau ou les problèmes de l’économie et du commerce. Israël a besoin de marchés et d’ouverture avec le monde arabe. Ce que les Israéliens veulent des Arabes est clair : accepter les conséquences de leurs victoires militaires, et même accepter l’occupation de Qods et de la Palestine et reconnaître Israël comme l’un des États les plus puissants du Moyen-Orient. »

D’après le professeur al-Ghubra, la « normalisation » n’est pas une simple formalité, mais une acceptation de l’occupation israélienne et de l’idéologie sioniste en admettant privilèges et avantages pour Israël sur la terre et les populations.

L’auteur rappelle qu’Abba Eban (1915-2002), ancien ministre israélien des Affaires étrangères de 1966 à 1974, était le premier à parler de ce type de « normalisation » pour « court-circuiter totalement la cause palestinienne » afin d’établir des relations normales avec les États arabes à tous les niveaux. Abba Eban disait : « Normalisation sans droits, sans revendication et sans autodétermination. »

Le professeur al-Ghubra estime que l’objectif d’Israël est, en fait, une normalisation sans justice qui ouvrira la porte à davantage d’immigration juive et permettra à Israël de confisquer davantage de terres palestiniennes. « Ce sera une nouvelle recette pour davantage d’instabilité au Moyen-Orient, en Jordanie et dans les pays voisins », a-t-il souligné.

L’auteur ajoute que par le passé, Israël a signé en 1982 une paix avec l’Égypte sans les Palestiniens, ce qui a permis à Israël de développer ses capacités dans le domaine de la colonisation et de la judaïsation de la Palestine occupée, et de déclencher plusieurs nouvelles guerres, dont la plus importante était la guerre contre le Liban en 1982.

« La paix sans justice signifie la poursuite du projet d’expansionnisme israélien alors que le chaos s’est installé dans le monde arabe et que plusieurs régimes arabes dépendent du soutien des grandes puissances internationales et d’Israël pour assurer leur stabilité et leur sécurité », a-t-il souligné.  


Le professeur al-Ghubra explique que c’est dans ce contexte que certains régimes arabes supposent qu’à ce stade « l’ennemi est l’Iran, et non Israël » en espérant que cela leur permettra de justifier d’une manière ou d’une autre le projet de normalisation.

« Dans le même temps, il est clair que cette approche n’affaiblira pas l’Iran, mais renforcera sa détermination à consolider son alliance avec la Turquie, la Russie et la Chine. Mettre l’accent sur la confrontation avec l’Iran et la normalisation avec Israël est l’assurance de nouveaux conflits dans notre région », estime le professeur koweïtien.

L’auteur croit que même si l’on admettait qu’il existait un véritable conflit entre l’Iran et certains États arabes du sud du golfe Persique, ces derniers devraient savoir que cette formule (confrontation avec l’Iran, normalisation avec Israël) n’a aucune popularité dans la région et n’est même pas soutenu réellement par les États-Unis.

Le professeur al-Ghubra évoque l’attitude équivoque des États arabes par rapport à la question de la « normalisation » : lors des réunions publiques des instances internationales, les parties arabes palabrent volontiers sur la question palestinienne et le point de vue du monde arabe, ce qui écarte naturellement la question de la normalisation avec Israël, car elle est en contradiction avec les droits des Palestiniens. Toutefois, dans chaque réunion dont le but est de rendre Israël « présentable » dans la région, la question palestinienne est vite oubliée par les parties arabes. « C’est parce que la normalisation est un projet qui implique d’accepter l’occupation de la Palestine et le déracinement des Palestiniens en abandonnant leurs droits historiques et leur droit à la justice », a-t-il écrit.

Le professeur al-Ghubra rappelle que ce n’est pas la première fois qu’un projet de normalisation est mis en place : la plupart des pays arabes ne se sont-ils pas réunis à la Conférence de Madrid en 1991, lorsque les États arabes du golfe Persique, la Syrie et l’Égypte ont participé avec Israël à une conférence internationale organisée avec beaucoup de soin ? Mais les conférences qui se sont tenues dans les capitales arabes et internationales n’ont abouti à rien. L’auteur écrit : « L’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin a été assassiné par un extrémiste juif israélien. L’initiative présentée par l’Arabie saoudite en 2002 a échoué en raison de la poursuite des incursions israéliennes, des soulèvements palestiniens et des guerres à Gaza et dans le sud du Liban. »

En conclusion, le professeur al-Ghubra appelle les États arabes à la prudence : « N’est-il pas vrai que les normalisations fondées sur l’injustice nous ont conduits aux pires guerres ? Toute relation basée sur l’injustice, la force et l’occupation, sans présenter de solutions aux problèmes, produira davantage de conflits et d’affrontements. » Il estime qu’un processus de normalisation avec Israël sans justice pour les Palestiniens et en abandonnant Qods encouragera Israël à chercher un plus grand contrôle sur la population palestinienne et arabe et à aggraver les persécutions dont cette dernière est victime.

Le professeur al-Ghubra ajoute : « Que ferait le monde arabe si Israël expulsait les populations arabes et palestiniennes ? Que ferait le monde arabe si Israël annexait une fois pour toutes la ville de Qods et qu’il ouvrait la voie à une nouvelle guerre ? Si Israël réussit à imposer un plus grand contrôle régional en divisant de plus en plus les États arabes, cela conduira-t-il les États arabes vers une véritable stabilité ou vers plus d’incertitude ? »

 
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