Au Yémen, la résilience inattendue des rebelles surprend la coalition saoudienne

Taghrib (APT)
Contre toute attente, les révolutionnaires Houthis au Yémen tiennent tête depuis près de quatre ans à une puissante coalition militaire menée par l'Arabie saoudite en s'appuyant sur des alliances tribales, un arsenal militaire pris à l'armée et leur propre expérience guerrière.
date de publication : Sunday 2 December 2018 18:11
Code d'article: 382436
 
Au Yémen, la résilience inattendue des rebelles surprend la coalition saoudienne
 
En juillet 2014, ils lancent à partir de leur fief dans le Nord une offensive qui leur permet de s'emparer de vastes territoires et de prendre en janvier 2015 le contrôle total de la capitale Sanaa. La coalition militaire saoudienne intervient en mars 2015 pour aider son allié Mansour Hadi à stopper leur progression.

- Qui sont les Houthis ? -

Les révolutionnaires sont appelés Houthis en référence à leur chef historique Badr Eddine al-Houthi et son fils Hussein, tué par les forces yéménites en 2004.

Ils recrutent parmi les adeptes du zaïdisme, une version du chiisme proche du sunnisme.

Ces Yéménites forment un mouvement appelé "Ansarullah", qui a succédé au Mouvement des jeunes de la foi (Harakat Chabab al-Moumen) né en 1992 pour protester contre la discrimination exercée, selon lui, contre les zaïdites qui représentent 30% de la population yéménite.

Les Houthis ont noué de solides relations avec des tribus sunnites hostiles à la confédération tribale des Hached, puissante dans le Nord et qui a fourni au pays ses principaux dirigeants politiques jusqu'aux années 2010.

Ils ont pu améliorer leur image en participant activement à la contestation contre l'ex-président Ali Abdallah Saleh, dans le sillage du Printemps arabe en 2011.

"La plupart des Houthis viennent du Nord où ils ont une bonne connaissance du terrain mais ce qui les aide (aussi) est leur collaboration avec les tribus locales", souligne Aleksandar Mitreski, un analyste en sécurité et défense.

"C'est une société fragmentée sur le plan tribal, et les Houthis en tirent parti. Le soutien tribal joue un rôle important dans ce conflit", ajoute-t-il.

- D'où viennent leurs armes ? -

Les tribus yéménites sont traditionnellement bien armées. Les Houthis ont pu compter en plus sur l'énorme arsenal pris à l'armée, y compris des chars et des missiles balistiques dont des dizaines ont été tirés sur l'Arabie saoudite.

"90% de l'armement des Houthis provient des stocks de l'armée qu'ils ont pris après leur entrée à Sanaa en septembre 2014", a affirmé le général Abdou Majli, un porte-parole des forces proches de Mansour Hadi ex-président yéménite en fuite en Arabie saoudite.

L'aviation de la coalition saoudienne a détruit depuis 2015 de nombreux dépôts d'armes mais les rebelles ont pu en "retirer d'importantes quantités d'armes et les cacher dans des caves et des caches à Saada (leur fief du nord) et à Omrane", au nord de Sanaa, a-t-il ajouté.

Les Houthis fabriquent en outre, selon lui, des missiles et des drones.

Ils ont en outre planté d'énormes quantités de mines autour des zones sous leur contrôle depuis le début de leur offensive. Parmi elles, le périmètre de la ville portuaire de Hodeida (ouest), essentielle pour l'acheminement de l'aide alimentaire.

- Qui sont leurs soutiens ? -

L'Arabie saoudite et son allié américain accusent l'Iran de fournir un soutien militaire aux Houthis, dont des composants pour missiles. L'Iran admet soutenir les Houthis mais dément leur fournir des armes.

L'Iran dénonce régulièrement l'intervention de la coalition saoudienne à l'initiative du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.


- D'où vient l'expérience guerrière ? -

Les Houthis ont combattu l'armée yéménite à six reprises entre 2004 et 2010. Ils sont entrés en conflit avec l'Arabie saoudite en 2009/2010, effectuant une incursion en territoire saoudien.

La coalition n'a pas réussi à remporter une victoire claire contre les Houthis malgré la maîtrise du ciel et d'une formidable puissance de feu.

L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, un autre pilier de la coalition, ont perdu des dizaines de soldats dans la guerre.

La coalition a "sous-estimé la résilience des Houthis", selon un récent rapport du centre de réflexion l'International Crisis Group.

"Il y a un consensus parmi les responsables de la coalition, les responsables occidentaux et les analystes pour dire que les Houthis sont ingénieux, engagés, expérimentés et impitoyables, et que les combattants de base sont susceptibles de se battre jusqu'au dernier homme s'ils sont appelés à le faire", écrit le centre d'analyse.
Share/Save/Bookmark