Syrie: Paris veut rapatrier certains des 150 enfants de terroriste français

date de publication : Wednesday 24 October 2018 15:58
Code d'article: 371696
 
 
Des femmes et enfants déplacés de Deir Ezzor et Raqa, le 17 octobre 2018 au camp de Ain Issa, en Syrie / © AFP/Archives / Delil souleiman
La France a annoncé mercredi vouloir rapatrier une partie des quelques 150 enfants de jihadistes français signalés en Syrie dans les zones contrôlées par les Kurdes, embarrassés par l'épineuse question des combattants étrangers dont les Occidentaux ne veulent pas.

"On les rapatriera autant que possible à condition que la mère soit d'accord. On a commencé à regarder comment les choses peuvent se faire", a déclaré une source française sous couvert d'anonymat.

Ces enfants, retenus dans le nord de la Syrie avec leurs mères dans des camps gérés par les militaires kurdes depuis l'effondrement du groupe Etat islamique (EI) en 2017, ont été signalés sur place ou par les familles en France.

Seule une partie d'entre eux ont toutefois été identifiés et localisés avec précision, dans les zones kurdes, ouvrant la voie à un rapatriement, ajoute la source française citée, sans avancer de chiffres sur le nombre possible de retours.

Les enfants ont pour la plupart moins de six ans et sont donc nés sur place. Les mères resteront elles sur en Syrie, souligne la source.

A l'instar de nombreux pays occidentaux qui ne souhaitent pas voir revenir sur le sol national des jihadistes, la France exclut tout retour des adultes, combattants ou épouses, considérées comme des militantes de l'EI, au grand dam des avocats représentant les familles en France.

"Ceux qui ont commis des délits ou des crimes en Irak et Syrie doivent être jugés en Irak et Syrie", martèle-t-on au ministère des Affaires étrangères.

"L'exception c'est les mineurs, dont la situation sera examinée au cas par cas. On a un devoir particulier de sauvegarder l'intérêt supérieur de l'enfant", ajoute-t-on.

Nombre d’observateurs ont relevé que les enfants risquaient en restant dans les camps de grandir dans un huis clos radicalisé, d'y être endoctrinés au contact des adultes et de devenir eux-mêmes à terme des "bombes à retardement".

Le rapatriement s'annonce toutefois très compliqué, le Kurdistan syrien n'étant pas un Etat reconnu par la communauté internationale, et Paris n'entretenant pas de relations diplomatiques avec Damas.

L'annonce du Quai d'Orsay a été fraîchement accueillie par les avocats des Françaises retenues en Syrie, qui dénoncent depuis le départ leur détention illégale, et dans de très mauvaises conditions sanitaires.

"C'est scandaleux et hypocrite de la part du gouvernement français", a déclaré à l'AFP Me Bruno Vinay, avocat d'Emilie König, la plus connue des détenues françaises chez les Kurdes.

"La France laisse ces femmes seules face au choix inhumain de se séparer de leurs enfants. Vu que c'est tout ce qu'il leur reste, il est possible que seule une minorité accepte de s'en séparer", estime-t-il.

"Je ne comprends pas la manière dont cette affaire est gérée depuis le début. Le rapatriement de ces enfants sera d'autant plus douloureux qu’on a attendu 18 mois pour le faire", a de son côté affirmé à l'AFP Marie Dosé, avocate de plusieurs autres Françaises détenues là-bas.

Au total, une quarantaine de familles, mères et enfants, on été signalées en Syrie, selon la source française.

- "Zéro accord" -

Quelques "dizaines" - 30 à 40 - de combattants francophones seraient par ailleurs prisonniers des Kurdes syriens, ajoute la source citée, sans préciser si des Français se trouvent parmi eux.

Dans l'Irak voisin, seules trois familles de jihadistes français ont été recensées. Une des mères, Mélina Boughedir, condamnée à la perpétuité, a accepté de laisser partir trois de ses enfants.

Sur les 680 jihadistes français estimés sur le théâtre irako-syrien, plus de 300 sont morts et un petit nombre a rejoint d'autres pays (Afghanistan, Maghreb, Libye), estime Paris. Une partie d'entre eux sont donc toujours sur place, notamment à la frontière syro-irakienne où il y a toujours des combats.

Les Kurdes affirment détenir eux plus de 900 combattants étrangers de l'EI, venant de 44 pays, qui représentent un casse-tête judiciaire et sécuritaire.

Ils appellent leurs pays d'origine à les rapatrier mais, à quelques exceptions près (Russie, Indonésie, Soudan) ceux-ci se montrent souvent réticents devant l'hostilité même de leurs opinions publiques.

La France, qui a participé aux opérations contre l'EI, dément tout accord avec les Kurdes. "Mais les Kurdes connaissent notre position. Ils savent que nous ne souhaitons pas les faire revenir", assure la source citée.

Un commandant militaire kurde sous couvert d'anonymat évoque des "réunions" avec le gouvernement français. "Mais on ne veut pas faire pression pour qu'il reprenne les jihadistes français, ni le mettre dans l'embarras".
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