Les bandes de trafiquants attirent l'attention des Européens

Taghrib (APT)
Ils escaladent des clôtures de barbelés de six mètres ou traversent la Méditerranée en bateau au péril de leur vie: 36.000 migrants sont entrés en Espagne depuis janvier, sur la route d'autres pays d'Europe. Mais leur courage n'a pas suffi, ils ont eu recours aux réseaux de passeurs.
date de publication : Tuesday 18 September 2018 12:58
Code d'article: 360198
 
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"Il est pratiquement impossible d'atteindre l'Europe clandestinement" sans avoir payé une mafia, assure à l'AFP le directeur du Centre européen de lutte contre le trafic des migrants d'Europol, le Slovène Robert Crepinko. 90% des migrants y ont eu recours, ajoute ce policier en se basant sur une étude de 2015.

Sans eux, "il est impossible" de parcourir des milliers de kilomètres depuis l'Afrique subsaharienne, à travers des déserts et des zones inhospitalières, témoigne Ousman Umar, survivant d'une traversée de cinq ans entre le Ghana et l'Espagne.


Payer pour s'entasser dans une fragile embarcation

"Le trajet peut durer un an, deux ans, selon le réseau et les fonds dont tu disposes parce que les bandes de trafiquants ne t'amènent que jusqu'où tu peux payer", explique à l'AFP José Nieto Barroso, de l'unité contre l'immigration irrégulière (UCRIF) de la police espagnole.

Les migrants convergent le plus souvent vers le Maroc, "le meilleur endroit pour attendre le moment opportun pour faire le saut" vers l'Espagne, dit M. Barroso.

La plupart paieront pour s'entasser dans une fragile embarcation. D'autres pour escalader en groupes les hautes barrières hérissées de barbelés séparant le Maroc des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Les tarifs, selon la police espagnole: 18 euros pour franchir la clôture. 200 à 700 euros pour traverser le détroit de Gibraltar, et jusqu'à 5.000 pour le faire sur un scooter des mers.


L'Espagne, première porte d'entrée des migrants clandestins

Europol estime qu'en moyenne, un migrant paie de 3.000 à 5.000 euros pour le voyage complet vers l'Europe.

L'Espagne est devenue cette année la première porte d'entrée des migrants clandestins - 36.000 par mer et par terre depuis janvier, selon l'Organisation internationale pour les migrations - devant la Grèce et l'Italie.

Beaucoup sont résolus à laisser l'Espagne pour gagner la France, le Royaume-Uni ou l'Allemagne, en fonction de leur origine - s'ils viennent d'Afrique francophone ou anglophone - et des proches installés dans ces pays.

Et une fois arrivés en Espagne, ils ne parviennent pas toujours à échapper à l'emprise des passeurs.


Des centres de rétention "totalement débordés"

Selon M. Barroso, les trafiquants disent aux migrants: "Vous allez être secourus en mer par les gardes-côtes, ils vont vous emmener à un centre d'accueil et au bout de trois, quatre jours, il y aura des gens du réseau là-bas qui vous récupèreront". 

Ils les emmènent alors dans un autre pays ou les livrent à des réseaux de traite des êtres humains, selon le policier.

Les centres de rétention de migrants sont "totalement débordés" et les mafias en profitent en récupérant les migrants à proximité des ONG qui les aident, dit-il.

Paloma Favieres, de l'ONG Commission espagnole d'aide au réfugié (CEAR), qui gère des lieux d'accueil pour migrants, admet ce risque. "Mais la lutte contre la criminalité est du ressort de la police", dit-elle en dénonçant le "chaos" dans l'accueil des réfugiés par les autorités espagnoles.

Elle assure que la CEAR avertit la police quand elle détecte qu'un migrant risque d'être victime de trafic ou de traite.


 
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