Déclaration de principes: "ces Arabes qui viennent d’arriver d’une autre planète!"

Taghrib (APT)
Parmi les sept pays qui ont publié la « déclaration de principes » sur la Syrie, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie ne respectent pas les mêmes « principes » à l’intérieur de leurs frontières. Qu'ils soient rois ou présidents, les dirigeants de ces pays désignent eux-mêmes leurs Premiers ministres et ministres. Ils dominent leurs services de sécurité et renforcent l’indépendance du secteur judiciaire de leurs pays. Des élections libres et transparentes sous la supervision internationale n'existent pas dans ces pays. C'est alors à se demander pourquoi de tels principes sont imposés à la Syrie et c'est ce à quoi répond Abdel Bari Atwan, renommé écrivain et analyste du monde arabe et rédacteur en chef du quotidien Rai al-Youm, dans un article au sujet des récents développements concernant la Syrie.
date de publication : Wednesday 12 September 2018 20:17
Code d'article: 358518
 
« Le mini-groupe pour la Syrie (la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie) a remis, vendredi 14 septembre, une déclaration de principes à l’envoyé spécial des Nations unies en Syrie Staffan de Mistura. Ce document reflète les points de vue de ce mini-groupe sur l’avenir de la Syrie et les sept pays soulignent qu’ils ne feront pas partie du processus de la reconstruction de la Syrie à moins que les conditions, posées dans cette déclaration, soient remplies.


Le point à prendre en considération est que la déclaration de principes ne parle pas de l’actuelle Syrie dont plus de 85% ont été déjà libérés des mains des groupes armés. Elle parle de la Syrie d’il y a cinq ans où les sept pays tenaient le haut du pavé et leurs mercenaires, c'est-à-dire les groupes armés, contrôlaient plus de la moitié des territoires.
Viennent à l’appui de cette affirmation des conditions irréelles que met en avant la déclaration :
Primo, la déclaration de principes exhorte le gouvernement syrien à rompre totalement ses relations avec l’Iran et tous ses bras politiques et militaires. Par ce terme, la déclaration fait implicitement allusion au Hezbollah.
Secundo, la déclaration de principes traite de l’avenir de la Syrie alors qu’elle fait une distinction entre les régions étant sous le contrôle du gouvernement syrien et les régions dont il a repris le contrôle aux groupes armés. Toutes les conditions dont l’accomplissement est réclamé par la déclaration de principes, qu'il s'agisse de la Constitution ou de la sécurité et de la politique, sont uniquement en conformité avec les régions contrôlées par le gouvernement syrien et elles n’ont rien à voir avec les zones récemment libérées. Je crois que les régions qui ne sont pas mentionnées par la déclaration de principes sont celles qui abritent des gisements pétroliers et gaziers, telles qu’Idlib, Afrin et al-Bab. Il semble que les États-Unis et leurs alliés arabes et occidentaux souhaitent que les zones pétrolifères de la Syrie échappent au contrôle du gouvernement Assad.
Tertio, la déclaration de principes suggère la transformation du poste de président en un poste théâtral ayant des prérogatives très restreintes. À titre d’exemple, la déclaration exige que le président de la Syrie ne désigne pas le Premier ministre et qu’il ne soit pas impliqué dans la nomination des ministres du Cabinet. Elle propose aussi que le président n’ait aucun lieu avec les services de sécurité.
Quarto, la déclaration propose l’octroi de l’autorité à des régions syriennes puisqu’elles peuvent se contenter des relations purement superficielles avec le gouvernement central.

Quinto, la déclaration réclame une Syrie sans armes de destruction massive et elle pourrait même aller plus loin en réclamant une Syrie complètement désarmée.


Cette déclaration de principes comprend aussi des points positifs comme le retour des réfugiés et l’amendement de la Constitution, mais cela ne sert à rien quand ces points positifs dissimulent en effet les vrais objectifs néfastes de ceux qui l’ont mis en avant.

Cette déclaration de principes est de nature américano-israélienne et la composition de ce mini-groupe, c'est-à-dire trois pays européens et trois pays arabes, vise en effet à cacher cette nature et à lui donner un aspect international et légitime.

L’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie comptent parmi les sept pays qui ont publié la « déclaration de principes » sur la Syrie, mais la question qui se pose ici est pourquoi les gouvernements de ces trois pays ne respectent-ils pas les mêmes « principes ». Rois ou présidents, les dirigeants de ces pays ne désignent-ils pas leurs Premiers ministres et ministres ? Ne dominent-ils pas leurs services de sécurité ? Renforcent-ils l’indépendance du secteur judiciaire de leurs pays ? Organisent-ils des élections libres et transparentes sous la supervision internationale ?
Par ailleurs, la rupture des relations avec l’Iran semble une condition impossible pour la Syrie. Une telle demande avait été déjà rejetée par la Syrie, il y a sept ans, avant le début de la crise. Maintenant, la Syrie acceptera-t-elle cette condition après toutes ces aides et assistances que lui ont fournies l’Iran et le Hezbollah pour se défendre face aux terroristes et empêcher la chute du gouvernement ?
Les pays qui ont publié cette déclaration de principes, à l’exception de l’Égypte, ont joué un rôle inoubliable dans la destruction de la Syrie en alimentant les groupes armés en fonds et en armements et ce sont bien ces mêmes pays qui doivent faire partie intégrante du processus de la reconstruction de la Syrie sans aucune condition ni préalable.
Je m’étonne de voir comment les pays arabes peuvent être impliqués dans l’élaboration d’une telle déclaration comme s’ils venaient d’arriver sur la Terre d’une autre planète et comme s’ils ignoraient les réalités en cours en Syrie ; l’armée régulière syrienne a déjà libéré la Ghouta orientale, Alep, Deraa et Deir ez-Zor et elle est prête à reprendre Idlib ».
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