Les menuisiers de la Ghouta dépoussièrent leurs ateliers après la libération de leur région

Taghrib (APT)
Abou Souleimane sourit en pénétrant dans son atelier près de Damas, abandonné pendant six ans à cause de la présence des rebelles: l'imposant placard qu'il avait commencé à fabriquer pour le mariage de son fils est toujours là, couvert de toiles d'araignée mais intact.
date de publication : Saturday 25 August 2018 16:51
Code d'article: 353136
 
Les menuisiers de la Ghouta dépoussièrent leurs ateliers après la libération de leur région
L'atelier est situé à Saqba, une localité de la Ghouta orientale, une région qui avait plongé dans la spirale de la violence  de groupes armés en 2012 quand les rebelles en avaient conquis une grande partie.

Quelques mois après le retour des forces gouvernementales, Abou Souleimane a pu retrouver sa boutique dans une localité autrefois réputée à travers toute la Syrie pour le savoir-faire de ses menuisiers, et qui tente aujourd'hui de renouer avec une vie normale.

En cette chaude journée d'août, il déverrouille le cadenas et découvre un vieux calendrier mural figé dans le temps, en 2011, l'année où la guerre a éclaté en Syrie.

Il époussette un placard décoré d'élégantes fleurs sculptées dans le bois, un des meubles qui doit composer la chambre à coucher de son fils, une fois qu'il sera marié.

"J'ai commencé à fabriquer cette chambre (à coucher) il y a huit ans, mais je ne l'ai jamais terminée", lâche l'homme aux cheveux grisonnants.

 
- "Prêt à recommencer" -

En 2011, début de la rébellion, l'artisan de 53 ans avait poussé son fils à quitter la Syrie, craignant que la situation ne dégénère.

"J'attends son retour pour qu'on puisse terminer (la chambre) ensemble. Ce sera son cadeau de mariage", confie-t-il.

Abou Souleimane n'a lui jamais quitté Saqba mais avec les combats et la paralysie économique, il avait dû fermer son atelier et multiplier les petits boulots.

Comme lui, la plupart des artisans de Saqba avaient aussi baissé le rideau, faute de clients et de pouvoir transporter leur marchandise vers les autres régions du pays, morcelé par une rébellion internationale dévastatrice qui a fait plus de 350.000 morts.

Avant le conflit, les centaines d'ateliers de menuiserie de Saqba vendaient leur production dans toute la Syrie mais aussi au Liban, en Jordanie, dans les pays du golfe Persique ou à Chypre, assurent des artisans locaux.

Aujourd'hui, l'activité reprend. Dans une rue où s'alignent les immeubles endommagés, résonne le bruit des marteaux. Propriétaires et ouvriers dépoussièrent leurs établis, recommencent à manier leurs outils et inspectent les stocks, après des années d'absence.

Tous les matins, Youssef al-Qabouni, 50 ans, vient désormais s'installer dans son atelier, dans le centre de Saqba.

Des années durant, il a conçu des meubles pour des hôtels et des restaurants de Damas. Aujourd'hui, ses clients viennent surtout le solliciter pour réparer des portes ou des fenêtres, dans les maisons de la Ghouta détruites par les violences.

"Je pratique ce métier depuis l'âge de dix ans", s'enorgueillit-il. "Durant les années de guerre, on a complètement arrêté de travailler, mais maintenant je suis prêt à recommencer".
 
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