Tension diplomatique Riyad-Ottawa : belle opportunité pour les EAU?

date de publication : Sunday 12 August 2018 16:41
Code d'article: 350381
 
 
 
Après sa rupture diplomatique avec Riyad, le Canada prêt à fournir ses armements aux EAU en guerre contre le Yémen. ©Radio Canada
 
Comme si MBS le fait exprès : à chaque erreur géostratégique, l'Arabie de Ben Salmane perd du terrain au profit des Émirats de Ben Zayed et l'affaire canadienne ne fait pas exception à la règle. Les Émirats arabes unis (EAU) souhaitent désormais occuper la place laissée vacante par Riyad. 
Mohammed ben Zayed, prince héritier d'Abou Dhabi, a déjà commencé ses agissements en vue de conclure un accord d’achat d’armement avec le Canada, rapporte le site d’information émirati, UAE 71. Pour le prince héritier émirati, Mohammed ben Zayed, souvent désigné sous le nom de MBZ, la conclusion d’un accord d’achat d’arme avec Ottawa est importante puisque ses "ambitions expansionnistes n'ont pas de limite " et que surtout "MBS fait tout pour les rendre réalisables".
Les Émirats arabes unis sont l’un des membres-clés de la coalition d’agression dirigée par l'Arabie saoudite contre le Yémen depuis mars 2015.
En 2014, la filiale canadienne du groupe américain General Dynamics a décroché un contrat de 15 milliards $ pour la fourniture de véhicules blindés à l’Arabie saoudite. Il s'agit du plus important contrat d’exportation jamais conclu dans l’histoire du pays, selon l’ancien premier ministre conservateur canadien, Stephen Harper, qui visitait les locaux de l'usine General Dynamics, en mai 2014.  
Le premier ministre de l'époque, Stephen Harper, visite l'usine de General Dynamics Land Systems, en 2014. ©Radio-canada 
Pour de nombreux analystes, la rupture surprise des relations avec Ottawa décidée par Riyad est loin d'être un coup de colère, Riyad en ayant bien reçu l'ordre depuis Washington. S'il est vrai que le PM canadien, Trudeau, tombé en disgrâce auprès des Américains aurait bien se passer de cet épisode malencontreux alors qu'il est sous pression des lobbies néoconservateurs au Canada, il est aussi vrai que la brouille Ottawa/Riyad a fait des heureux : des agences d'informations font état d’un projet émirati de vaste échelle destiné à multiplier des vols en direction et en provenance de Toronto, la deuxième grande ville du Canada. C'est la compagnie aérienne émiratie « Emirats Airways » qui en est l'initiateur à partir de 18 août.  
Le projet de la multiplication des vols reliant Les EAU et le Canada intervient alors que l'Arabie saoudite suspendra les vols entre le pays et Toronto à partir du 13 août, selon une déclaration de la compagnie Saudi Arabian Airlines.
En réaction à un communiqué publié vendredi par l'ambassade canadienne à Riyad appelant à «libérer immédiatement» les militants des droits de l'Homme arrêtés en Arabie saoudite, Riyad a annoncé le week-end dernier sa décision de rappeler son ambassadeur à Ottawa pour consultations ainsi que d'expulser l'ambassadeur du Canada en le déclarant "persona non grata".
Toujours très en colère suite au tweet de l’ambassadeur canadien, l’Arabie est allé jusqu’à déclarer le gel de toutes les nouvelles transactions commerciales et d’investissement avec Ottawa, refusant « toute forme d'ingérence étrangère ». Pour les commentateurs, des critiques d’Ottawa formulées contre Riyad au nom des droits de l’homme exposent clairement « une confusion entre les droits de l'homme et les contrats juteux que le Canada a signés dernièrement concernant la vente d'armes à l'Arabie saoudite en guerre au Yémen.
Mais cette crise dévoile surtout les rivalités profondes qui existent entre l'Arabie saoudite et les Emirats. Abou Dhabi qui dispute avec Riyad des régions entières au Yémen, attendent le moindre faux pas de Ben Salmane pour en faire une occasion et servir ses intérêts. En Arabie saoudite, des voix accusent de plus en plus ouvertement "l'opportunisme de MBZ". Pour certains milieux saoudiens, " MBS est mené par le bout de nez par MBZ qui ne lève pas le petit doigt à moins que son geste nuit d'une façon ou d'une autre aux intérêts saoudiens". 
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