Ben Salmane à Paris parle de l'Iran avec les Français

Taghrib (APT)
Après l’Égypte, la Grande-Bretagne et les États-Unis, la France est ces jours-ci hôte du jeune et ambitieux prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Le conflit au Yémen et en Syrie, la crise de relations diplomatiques avec le Qatar et les questions liées au Plan global d’action conjoint (PGAC, accord sur le nucléaire iranien) seraient à l’ordre du jour de ses rencontres avec des responsables français, rapporte la chaîne Al-Jazeera.
date de publication : Tuesday 10 April 2018 12:07
Code d'article: 323738
 
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De toutes ces questions susmentionnées, l’Iran faisait déjà l’objet de discorde lors des entretiens de novembre dernier du président français à Riyad.

« Lors de sa visite en novembre dernier à Riyad, le président français Emmanuel Macron avait rencontré les autorités saoudiennes avec un sourire de satisfaction au coin des lèvres. L’Iran avait été, semble-t-il, la priorité», avait alors écrit l’agence Reuters.

Des diplomates occidentaux et arabes ont affirmé alors que l’entretien Macron-Ben Salmane à Riyad s’est déroulé dans un climat de tension, et que le prince héritier saoudien a menacé de restreindre ses relations avec la France si elle ne changeait pas de position en renonçant aux négociations avec l’Iran, toujours selon Reuters.
Reste à voir si ce climat de tension persiste au cours des entretiens du prince saoudien à Paris ; or, côté français, l’Élysée a annoncé que la France envisage, avant tout, d’ouvrir un nouveau chapitre dans sa coopération stratégique avec l’Arabie saoudite.
« Nous souhaitons une nouvelle coopération, moins axée sur des contrats ponctuels et davantage sur des investissements d'avenir, notamment dans le numérique et les énergies renouvelables, avec une vision commune », a précisé le 5 avril la présidence française.
Pour Denis Bauchard, expert du Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (IFRI), les relations bilatérales entre Paris et Riyad ne sont pas très satisfaisantes, ce qui aurait rendu difficile au prince héritier la décision de prendre l’avion pour Paris.

Le jeune prince saoudien semble d’ailleurs ne pas y être le bienvenu. Bénédicte Jeannerod, la directrice France de l'association Human Rights Watch, a dénoncé dimanche 8 avril sur France Info la venue en France du prince héritier saoudien. Elle a estimé que les Occidentaux « devraient éviter de se laisser berner » par l'image de réformateur de Mohammed ben Salmane.
Par ailleurs, Human Rights Watch a pointé le rôle de l'Arabie saoudite dans la guerre au Yémen. Elle demande à Emmanuel Macron de faire pression sur Mohammed ben Salmane « pour que ce dernier mette un terme aux attaques de la coalition contre les civils yéménites », précise France Info.
Sur fond de protestations populaires contre la visite de Ben Salmane à Paris, une source au sein du ministère français de la Défense a laissé entendre que les deux parties ont déjà conclu de signer des accords militaires simultanément à la visite de Ben Salmane en France.
La société ODAS chargée la négociation et la gestion des grands contrats d'armement entre Paris et Riyad a pris en charge la mise en application d’une nouvelle stratégie d’exportations d’équipements militaires vers Riyad avec la coopération des responsables saoudiens.
En fait, la visite de Ben Salmane en France qui devrait donner un nouveau souffle aux relations franco-saoudiennes a d’ores et déjà provoqué l’inquiétude des ONG quant aux conséquences de ce rapprochement.
Selon Europe1, les ONG alertent sur la situation des droits de l'homme dans le pays face à la politique du prince. « MBS » a été nommé à la succession de son père en juin 2017, après l'éviction de son cousin Mohammed ben Nayef Al Saoud, notamment cité dans l'affaire des Panama Papers.
Mohammed Ben Salmane prône un islam modéré et entend dépoussiérer la vielle monarchie. Sur le plan intérieur, il s’est investi dans des réformes sociales que beaucoup d’analystes jugent « extrêmes ». Certains disent que ses réformes risquent même de tourner contre lui et attiser l’hostilité de ses adversaires pas encore guéris de la colère due à la purge d’envergure de l’année dernière sous couvert de la lutte contre la corruption. Or, sur le plan international, le jeune homme prônait début avril un rapprochement entre Riyad et Israël, fait inédit puisque officiellement l'Arabie saoudite ne reconnait pas Israël. En mars, l'Arabie saoudite avait déjà fait un premier pas en ouvrant son espace aérien à des vols commerciaux israéliens.
Selon Europe1, la France entend surfer sur cette nouvelle donne pour se rapprocher de l'Arabie, mais les ONG ne sont pas dupes de la vitrine présentée à l'Occident, et, derrière les déclarations d'intention, tirent la sonnette d'alarme quant à la situation réelle à l'intérieur du royaume wahhabite où les libertés fondamentales sont largement bafouées.
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