Iran Air : une femme aux commandes

Taghrib (APT)
De passage à Paris, le PDG d'Iran Air a accepté de rencontrer Le Point. Farzaneh Sharafbafi, Iranienne de 44 ans, dirige cette entreprise publique de 10 000 employés depuis juillet 2017. Invitée à Paris par le Centre franco-iranien en compagnie d'une trentaine de cheffes d'entreprise iraniennes, cette ingénieure en aéronautique, dont le maghnaeh noir (voile strict porté en milieu professionnel) tranche avec son doux sourire, a répondu à toutes nos questions, même les plus dérangeantes : elle entend briser les clichés sur la femme iranienne.
date de publication : Sunday 11 March 2018 16:00
Code d'article: 317503
 
Iran Air : une femme aux commandes
Le Point : Iranienne et PDG… n'est-ce pas contradictoire ?

Farzaneh Sharafbafi : Non, je ne vois aucune contradiction. Pourquoi cela devrait-il être le cas ?

Parce que, selon la loi islamique pratiquée en Iran, les femmes et les hommes ne sont pas égaux en droit. Par conséquent, il nous semble difficilement concevable qu'une femme puisse arriver à un tel poste.

Pourtant, ce n'est pas récent. Cela fait plus de dix ans que je suis directrice générale d'Iran Air. Au-delà de mon cas, un très grand nombre de femmes en Iran figurent à des postes d'importance. Aujourd'hui, 17 % de nos responsables chez Iran Air sont des femmes. Nous n'avons donc absolument pas le sentiment qu'il s'agisse de quelque chose de nouveau ou de spécial.

Vous ne vous sentez donc pas comme une exception en Iran ?

Je suis une exception par nature (rires). Mais je ne pense pas que ma nomination ait brisé le tabou que vous décrivez. N'oubliez pas que nous avons en Iran un grand nombre de vice-ministres et de vice-présidents qui sont des femmes. Par exemple, madame Laya Joneydi est vice-présidente pour les affaires juridiques.

Mais le président Rohani n'avait-il pas promis en campagne de nommer des femmes ministres ?

Bon, il est vrai que je ne suis pas ministre (rires).

Quel parcours vous a menée à ce poste de PDG ?

Je possède une licence, un master, ainsi qu'un doctorat d'ingénierie aéronautique et spatiale obtenu à l'université Sharif de Téhéran. J'ai commencé à travailler chez Iran Air en 1994, il y a donc vingt-trois ans. Au départ, j'étais instructrice pour les techniciens. Je suis ensuite devenue directrice générale en recherche et développement, puis directrice du centre de formation d'Iran Air. C'est à ce moment que je suis entrée au conseil d'administration. J'ai été nommée directrice générale en avril 2006, avant de devenir PDG il y a six mois, le 15 juillet 2017.

Les menaces de nouvelles sanctions américaines brandies par Donald Trump peuvent-elles avoir un impact sur le paiement du contrat Airbus ?

Il faut savoir qu'il existe des délais spécifiques pour effectuer les prépaiements relatifs aux achats d'avions. Et c'est sur cette base-là qu'Airbus décide de produire le nombre adéquat d'avions dans ses chaînes de montage. Donc nous devons nous assurer d'être capables d'obtenir les financements nécessaires pour assurer les prépaiements. Sinon, cela va provoquer des pertes importantes pour les deux parties du contrat. Ce que nous attendons aujourd'hui, c'est de trouver la meilleure manière de financer cet achat, avec la coopération d'Airbus.

Les menaces de nouvelles sanctions américaines brandies par Donald Trump peuvent-elles avoir un impact sur le paiement du contrat Airbus ?

Il faut savoir qu'il existe des délais spécifiques pour effectuer les prépaiements relatifs aux achats d'avions. Et c'est sur cette base-là qu'Airbus décide de produire le nombre adéquat d'avions dans ses chaînes de montage. Donc nous devons nous assurer d'être capables d'obtenir les financements nécessaires pour assurer les prépaiements. Sinon, cela va provoquer des pertes importantes pour les deux parties du contrat. Ce que nous attendons aujourd'hui, c'est de trouver la meilleure manière de financer cet achat, avec la coopération d'Airbus.

De nouvelles sanctions américaines peuvent-elles aboutir à l'annulation pure et simple de ce contrat ?

Non, le contrat a été conclu (Iran Air avait signé en décembre 2016 une commande ferme de 100 appareils pour un montant d'environ 20 milliards de dollars, NDLR). Trois appareils sont déjà arrivés en Iran : un Airbus A321 et deux Airbus A330-200. Quatre-vingt-dix-sept autres doivent suivre. Les deux parties ont des engagements spécifiques et elles sont désireuses d'amener le contrat à son terme. Néanmoins, il se pourrait que de nouvelles limitations soient imposées, j'insiste, aux financeurs. Mais cela n'aura aucun effet sur le contrat lui-même.

En va-t-il de même avec l'avionneur américain Boeing, avec lequel vous avez également signé un gros contrat (80 appareils pour 16,6 milliards de dollars) ?

Oui, les conditions sont les mêmes qu'avec Airbus. Mais il est clair que les Américains feront en sorte qu'il y ait beaucoup moins de restrictions pour financer le contrat avec Boeing.

Revenons à l'Iran. Trouvez-vous que la situation des femmes se soit améliorée sous la présidence « modérée » d'Hassan Rohani ?

Dans le monde entier, toutes les sociétés avancent vers le progrès. Les Françaises s'habillent-elles aujourd'hui comme il y a quarante ans ? Certainement pas. Tout le monde recherche le progrès, la beauté, le confort. Et il en va de même pour la nouvelle génération iranienne qui, autant qu'elle le peut, cherche à faire correspondre son mode vestimentaire à ses critères.
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