Deux journaliste arrêtés pour avoir enquêté sur le massacre des Rohingyas

Taghrib (APT)
Les deux journalistes de Reuters derrière les barreaux depuis deux mois ont été arrêtés pour avoir enquêté sur le massacre de dix Rohingyas par l'armée du Myanmar et des villageois bouddhistes, a rapporté jeudi l'agence de presse, qui révèle les détails de leur enquête.
date de publication : Saturday 10 February 2018 14:13
Code d'article: 311334
 
C'est la première fois que Reuters évoque publiquement l'investigation qui a conduit à l'arrestation le 12 décembre de Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans.
 
Les deux journalistes risquent jusqu'à 14 ans de prison pour possession de documents classifiés.

Dans leur enquête, dont a fait état Reuters jeudi, les deux journalistes citent notamment des villageois bouddhistes qui auraient participé avec des soldats au massacre des dix captifs dans le village de Inn Dinn, le 2 septembre 2017.

"C'est l'enquête de Reuters sur le massacre de Inn Din qui a incité la police birmane à arrêter deux journalistes de l'agence de presse", a déclaré cette dernière.

Le travail des journalistes était basé sur des témoignages de villageois bouddhistes, de membres de forces de sécurité et de proches des hommes tués.

Quelques jours après l'arrestation des deux journalistes birmans, l'armée avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas, un premier aveu public de violation des droits de l'Homme après des mois de dénégations.

Jusqu'ici, les témoignages recueillis par les médias ou les ONG concernant les exactions étaient ceux des rescapés, réfugiés au Bangladesh puisque l'armée a bouclé l'ouest de la Birmanie, où il est quasiment impossible de se rendre.

Lors de leur enquête, les deux journalistes ont également pu se procurer des photos du massacre, sur lesquelles on peut voir les dix hommes menottés et à genoux par terre.

Mais aussi d'autres photos prises peu après des corps de ces hommes dans un large trou, couverts de sang, avec des blessures apparentes. L'un des hommes est décapité.

Contacté par l'AFP, le porte-parole du gouvernement birman n'était pas joignable dans l'immédiat.

Les Nations unies ont qualifié d'"alarmant" le compte-rendu de Reuters. Les faits décrits mettent en évidence "la nécessité d'une enquête complète et exhaustive des autorités sur toutes les violences dans l'Etat Rakhine et les attaques contre les différentes communautés", a déclaré à New York le porte-parole de l'ONU Farhan Haq.

Près de 690.000 musulmans rohingyas vivant dans cette région se sont réfugiés au Bangladesh voisin depuis fin août. Ils accusent l'armée et des milices bouddhistes d'exactions - viols, torture, meurtres...
 
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